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La mise à jour de cette notice a été faite par M. Sory
Baldé,
étudiant au CEAN, IEP-Université Montesquieu-Bordeaux IV
Pendant plus de trois décennies
après son indépendance de la France en 1960, la Côte d'Ivoire était un pays dans
lequel des gens de différentes religions et ethnies, y compris des millions de personnes
venues d'états voisins en Afrique occidentale coexistaient relativement harmonieusement.
Les tensions religieuses et ethniques potentielles se sont largement estompées grâce au
premier Président de la Côte d'Ivoire, Félix Houphouët-Boigny, un catholique, qui a
gouverné à travers son Parti Démocratique de la Côte d'Ivoire (PDCI) jusqu'à sa mort
en 1993. Pendant plus de trente ans, sous le gouvernement de Houphouët-Boigny,
l'économie de la Côte d'Ivoire, premier producteur de cacao mondial, était l'une des
plus grandes puissances économiques africaines, et attirait des immigrés de toutes les
sous-régions d'Afrique occidentale. Sur le plan politique, on estimait que c'était un
modèle de stabilité dans une région frappée par les guerres, bien que les défis au
gouvernement autocratique du seul PDCI aient augmenté lorsque la situation économique
s'est dégradée au cours des années 1980. Le processus démocratique ivoirien a été
véritablement lancé par le président Félix Houphouët-Boigny en avril 1990. Les
mesures daustérité prises par le gouvernement au début de lannée avaient
provoqué une crise sociale avec des manifestations estudiantines et des marches de
lopposition encore illégale. Pour prendre les devants et garder la maîtrise du
processus qui commençait à senclencher, le président Houphouët-Boigny décide
lautorisation du multipartisme et la légalisation des partis politiques au mois de
mai. Après plusieurs mois marqués par des contestations menées par les scolaires et les
14 partis nouvellement légalisés, des élections présidentielles se tiennent le 28
octobre 1990. Elles mettent en concurrence pour la première fois deux candidats : le
président Houphouët-Boigny et Laurent Gbagbo, président du principal parti
d'opposition, le Front populaire ivoirien (FPI). Le président Houphouët-Boigny est élu
avec 81,67% des voix. Aux élections législatives du 25 novembre, le PDCI enlève 163 des
175 sièges du Parlement bien que 18 autres partis aient présenté des candidats.
Lopposition n'a toutefois jamais cessé, depuis sa défaite de 1990, d'accuser le
Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) d'irrégularités et de fraudes électorales.
Les élections présidentielles et législatives d'octobre et de novembre 1995, les
premières sans Houphouët-Boigny, décédé en décembre 1993, ont aussi vu la
participation de nombreux partis politiques. Mais cette fois encore, l'opposition a
vivement critiqué les irrégularités commises par le gouvernement tant au cours des
campagnes électorales qu'au cours des scrutins eux-mêmes. L'élection présidentielle a
vu la victoire de Henry Konan Bédié, Président intérimaire avec 95,25% des suffrages
exprimés. Ses deux principaux adversaires, l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara,
et Laurent Gbagbo, n'ont pas participé à l'élection. Le FPI et le RDR ont appelé au
boycottage du scrutin conformément à la stratégie du front républicain mis en place
par lopposition.
Les élections législatives de novembre 1996 ont connu un taux de participation de 45%,
et ont vu s'affronter 29 partis politiques présentant un total de 654 candidats ;
343 candidatures avaient été rejetées. Au terme du processus qui a demandé
lorganisation de plusieurs élections partielles (en décembre 1996 et en mars
1998), le PDCI se retrouve avec 146 députés contre 14 pour le FPI et 14 pour le RDR. Le
mode de scrutin est en effet favorable au pouvoir puisque les députés sont élus au
scrutin majoritaire à un tour et par circonscription et que lopposition ne parvient
pas à présenter de candidats communs.
A la veille des élections générales prévues pour le courant de lan 2000,
lambiance politique était à la veillée darmes. Le front social est mené
par les étudiants dans la première moitié de lannée 1999. Mais le front
politique nest pas en reste. Lopposition et notamment le FPI et le RDR a
créé un front commun pour mieux affronter le pouvoir en réclamant entre autres, une
commission électorale, laccès équitable aux médias publics, un financement
public pour les partis politique. Mais une fissure sest faite dans le front de
lopposition depuis que Laurent Gbagbo a signé seul, un accord avec le pouvoir qui
donne en partie satisfaction aux revendications propres de son parti. Il a ainsi obtenu le
principe dune commission nationale de contrôle des élections qui ne sera cependant
pas indépendante, mais assistera le ministère de lintérieur. Le RDR se retrouve
alors seul en face du pouvoir PDCI, décidé à travers des procédures
juridico-politiques à barrer la route de la course présidentielle à son leader,
Alassane Dramane Ouattara, à qui lon reprocherait de ne pas être " ivoirien,
né dun père ivoirien de naissance et dune mère de nationalité ivoirienne
". Après avoir été investit comme Président du RDR et déclaré sa volonté de se
présenter aux élections présidentielles, Ouattara et son parti seront la cible du
pouvoir de Henri Konan Bédié. Les manifestations du RDR seront réprimées et plusieurs
leaders du parti, dont la Secrétaire Générale Henriette Diabaté seront arrêtés et
condamnés à des peines de prison en décembre 1999. Un autre mandat darrêt est
lancé contre Alassane Dramane Ouattara qui se trouvait en France. Cest dans ce
climat tendu quune mutinerie militaire va déboucher sur le renversement du
Président Henry Konan Bédié, contraint à lexil en France. Le Général Robert
Gueï, à la tête du Conseil national de salut public, prend le pouvoir le 25 décembre
1999. LAssemblée nationale et les autres institutions sont dissoutes. Un
gouvernement dunion nationale avec la participation des principaux partis
dopposition notamment le FPI, le RDR et le PIT. Pour la première fois depuis
lindépendance, le PDCI est exclu du Gouvernement.
La junte militaire annonce lorganisation dun référendum constitutionnel pour
juillet 2000 et des élections présidentielles pour fin de lannée 2000. Ces
scrutins sont supervisés par une commission électorale dirigée par Honoré Guié. Mais
à mesure que la date des scrutins approchaient la tension montait avec en toile de fond,
lépineuse question de léligibilité de Ouattara eu égard aux critères de
nationalité exigés. En mai 2000, le gouvernement dunion nationale vole en éclat
avec le départ des ministres RDR, qui sont aussitôt remplacés par des membres proches
du PDCI. La nouvelle constitution est adoptée le 23 juillet 2000. Les présidentielles
sont organisées le 22 octobre sans la participation de Alassane Ouattara dont la
candidature avait été rejetée par la Cour suprême pour cause de nationalité
ivoirienne douteuse. Les électeurs devraient donc départager cinq candidats : le
Général Robert Gueï, le chef de la junte, Laurent Gbagbo du FPI, Francis Wodié du PIT,
Théodore Meg El de lUnion Démocratique de Côte dIvoire (UDCI) et Nicolas
Dioulo, candidat indépendant. Craignant une défaite, le Général Robert Gueï tente de
reprendre le scrutin en main en annonçant la dissolution de la commission électorale et
en se proclamant vainqueur avec 52, 72 % des voix contre 41, 02% pour Laurent Gbagbo, le
taux de participation étant évalué à 37%. Mais des manifestations de rues organisées
par des militants du FPI rejoint par une partie des forces de défense et de sécurité
obligeront le Chef de la junte à la capitulation et la fuite. Laurent Gbagbo est
finalement déclaré par la Cour suprême vainqueur avec 59, 36% des voix loin devant
Robert Guéï 32,7%, Francis Wodié 5,7%, Mel Théodore 1,5% et Nicolas Dioulo 0,8%.
Larrivée au pouvoir du Président Laurent Gbagbo semble mettre alors fin à la
transition ivoirienne, mais pas à la tension politique. Le RDR refuse de reconnaître les
résultats des élections présidentielles et exige à son tour la reprise du scrutin avec
la participation de son leader. Les manifestations organisées par les militants de ce
parti seront durement réprimées par les forces de lordre et la découverte
dun charnier de 150 cadavres est un indice de la déchirure de la société
ivoirienne. Les rivalités politiques ont pris des contours ethniques et religieux, une
opposition entre le Nord et le Sud. Le second rejet de la candidature de Ouattara, par la
Cour suprême, a provoqué le boycott des élections législatives dans la quasi totalité
des circonscriptions du Nord de la Côte dIvoire, fief du RDR. Elles sont cependant
eu lieu sur le reste du territoire. Sur les 225 sièges du parlement, 196 ont été
pourvus. Les résultats montrent une montée en puissance du FPI qui rafle 96 sièges
contre 77 pour le PDCI-RDA, 4 au PIT, 1 pour le RDR, 1 pour lUDCI, 1 pour le MFA et
16 autres sièges répartis entre divers candidats indépendants.
Sur le banc de touche depuis l'accession au pouvoir de Laurent Gbagbo, en octobre 2000, le
Rassemblement des républicains (RDR, opposition libérale) siège en août 2002 au
gouvernement à côté des autres grandes formations politiques. Le parti d'Alassane
Dramane Ouattara détient alors quatre portefeuilles « techniques » dans la nouvelle
équipe formée le 5 août par le Premier ministre Pascal Affi Nguessan (reconduit le
même jour dans ses fonctions par le chef de l'État) : le Commerce extérieur (Amadou
Soumahoro), les Transports (Marcel Amon Tanoh), l'Enseignement supérieur et la Recherche
scientifique (Fofana Zemogo), ainsi que le ministère délégué auprès du ministre de
l'Enseignement supérieur, chargé de la Recherche scientifique et de l'Innovation
technologique (Roger Gnohité).
Au total, le gouvernement dalors comprend trente-six ministères, contre vingt-huit
dans le précédent. Le Front populaire ivoirien (FPI, socialiste) de Laurent Gbagbo
détient vingt portefeuilles, dont les départements clés de l'Intérieur, de la
Défense, de l'Économie et des Finances, ainsi que celui des Affaires étrangères. Le
Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI-RDA, ex-parti unique) de l'ancien président
Henri Konan Bédié améliore sa position et passe de cinq à sept ministères. Il
conserve notamment l'Industrie et les Infrastructures économiques, dont le titulaire,
Patrick Achi, reste le porte-parole du gouvernement. Le Parti ivoirien des travailleurs
(PIT) de Francis Wodié occupe deux départements, et l'Union pour la démocratie et la
paix en Côte d'Ivoire (UDPCI) du général Robert Gueï, un seul. Contre deux
précédemment.
Entre temps, Balla Keïta, ancien ministre de lEducation nationale de Félix
Houphouët-Boigny et ex-conseiller spécial du général Robert Gueï, est assassiné à
Ouagadougou où il vivait en exil, le 1er août 2002.
Le 19 septembre 2002, une ?mutinerie?, qualifiée par le pouvoir en place de ?tentative de
coup dEtat? éclate à Abidjan. Des soldats se rebellent et attaquent la caserne de
gendarmerie dAgban où étaient entreposé lessentiel des armes lourdes de la
capitale et occupent momentanément quelques points stratégiques d'Abidjan. La situation
est réellement inédite. Pour la première fois en Côte d'Ivoire, on exécute un ancien
chef de l'État, le général Gueï, son épouse, son boy et les quinze autres personnes
qui étaient, en ce début d'après-midi du 19 septembre, sous son toit. Autre première :
un ministre en exercice, Boga Doudou, ministre de lintérieur, est froidement
exécuté chez lui, dans des conditions non encore élucidées. Le tout dans un flou total
marqué par l'opacité et le manque d'informations. Chef d'un parti membre de la coalition
gouvernementale qui a dénoncé le coup de force et condamné toute forme de violence,
Alassane Ouattara, réfugié à l'ambassade de France, a vu sa maison pillée puis
incendiée, son cabinet visité et le domicile de son frère cadet saccagé.
Dans les jours qui suivent, qu'ils soient de la majorité ou de l'opposition, les hommes
politiques sont difficilement joignables. Les membres de la direction du RDR se sont
évanouis dans la nature. Victimes d'intimidation, voire de tentatives d'assassinat, les
gens se terrent, éteignent leur téléphone portable de peur d'être localisés. Les
dirigeants de l'UDPCI (Union pour la démocratie et la paix en Côte d'Ivoire), parti de
feu Robert Gueï, ne sont pas plus visibles. La délégation qui s'est rendue chez le
président Gbagbo pour demander une commission d'enquête sur les circonstances de la mort
de leur chef était composée de seconds couteaux. Paul Akoto Yao, un des hommes forts de
l'UDPCI, est aux abonnés absents. Le domicile d'Émile Constant Bombet, ancien ministre
de l'Intérieur de Bédié et candidat recalé à la dernière présidentielle, est
dévasté. Les « rebelles » sont repoussés ou se retirent dAbidjan et se
retranchent au Nord en occupant les villes de Bouaké et de Korogho, créant le Mouvement
Patriotique pour la Côte dIvoire (MPCI).
Le 28 novembre 2002, deux nouveaux groupes rebelles, le Mouvement pour la Justice et la
Paix (MJP) et le Mouvement Populaire Ivoirien du Grand Ouest (MPIGO) sont apparus et ont
pris Danané et Man. Ils ont ensuite poursuivi en direction du sud pour prendre Toulepleu
et Bloléquin, début décembre. Depuis décembre 2002, la zone est devenue le terrain
principal du conflit ivoirien. Un accord de cessez-le-feu a été signé par les groupes
rebelles du MJP et du MPIGO et par le gouvernement, le 13 janvier 2003. Cependant,
l'accord a été violé de nombreuses fois par les deux parties. Jusqu'au 9 avril 2003,
les forces rebelles contrôlaient le nord de Toulepleu et les forces du gouvernement
contrôlaient la ville de Toulepleu et la route à l'ouest de Bloléquin. A la date du 11
avril 2003, une offensive du gouvernement se déplaçait vers le Nord et aurait permis la
capture de Zouan-Hounien . Linsurrection tourne dès lors à la guerre de
sécession. La Côte dIvoire est au borde du gouffre. Le pouvoir à Abidjan ne
contrôle plus que le sud du pays et les rebelles qui se révèlent être puissamment
armés, menacent à tout instant de marcher sur la capitale. Leur principale revendication
tourne autour du départ de Gbagbo. Il y a alors une ?ethnicisation? du conflit et le
concept divoirité est plus présent que jamais, à lencontre des
?envahisseurs du nord?. Dans ce contexte , la Communauté Economique Des Etats
dAfrique de lOuest propose sa médiation. Celle-ci ayant échoué, la France
intervient à travers son ministre des Affaires Etrangères Dominique de Villepin.
Le 24 janvier 2003, laccord de Linas-Marcoussis est signé par les différents
protagonistes et chefs dEtats réunis à Paris. Durant les discussions de
Marcoussis, les délégués ont longuement débattu des différents aspects du contentieux
politique qui a débouché, le 19 septembre 2002, à une insurrection militaire, puis à
une partition de la Côte d'Ivoire. La nationalité, l'identité, la condition des
étrangers qui constituent plus du quart de la population ivoirienne, le régime
électoral, les conditions d'éligibilité à la magistrature suprême, le régime
foncier, les médias de la haine, les droits et libertés de la personne humaine tout
comme la démobilisation, le désarmement et le redressement économique ont fait l'objet
de débats passionnés, parfois houleux. Les conclusions ont été regroupées dans une «
note annexe » de dix pages dont la lecture ne manque pas d'intérêt. « La loi du 14
décembre 1961 portant code de la nationalité ivoirienne constitue un texte libéral et
bien rédigé. [...] En revanche, son application soulève de nombreuses difficultés,
soit du fait de l'ignorance des populations, soit du fait de pratiques administratives et
de celles des forces de l'ordre et de sécurité contraires au droit et au respect des
personnes. » . Le gouvernement de réconciliation nationale devra également proposer une
modification des conditions d'éligibilité du président de la République. Jusque-là,
le candidat à l'élection présidentielle devait être âgé de 40 ans au moins et de 75
ans au plus. Il devait être ivoirien d'origine, né de père et de mère eux-mêmes
ivoiriens d'origine, et ne s'être jamais prévalu d'une autre nationalité. À l'avenir,
il lui suffira de jouir de ses droits civils et politiques, d'être âgé de 35 ans au
moins, d'être « exclusivement » de nationalité ivoirienne né de père « ou » de
mère ivoirien d'origine et de n'avoir pas exercé « des fonctions électives ou
gouvernementales dans un pays étranger ». On le voit, laccord comporte de nombreux
points positifs, et même salutaires. Mais aussi une clause qui a fait sortir de ses gonds
l'état-major de l'armée gouvernementale ivoirienne et la rue abidjanaise. Il s'agit du
paragraphe stipulant que soient désarmées « les forces en présence », autrement dit
les rebelles des « Forces nouvelles » aussi bien que ce qui reste des Fanci (forces
armées ivoiriennes). En d'autres termes, le gouvernement reconnu de la Côte d'Ivoire
n'est plus autorisé à posséder une armée, et la défense du pays tout entier est
confiée à une force mixte étrangère composée de militaires français et de la Cedeao.
Un Premier ministre de « consensus » , Seydou Elimane Diarra, est nommé le 25 janvier.
Le 10 mars, le président Laurent Gbagbo, lui signe comme prévue une « délégation de
compétences », élargies le 11 avril, pour une période de six mois renouvelable.
Ces compétences n'en constituent pas moins, selon la rébellion, une entorse à l'accord
de Marcoussis, signé le 24 janvier, qui prévoit que le « Premier ministre de consensus
restera en place jusqu'à la prochaine élection présidentielle », soit en octobre 2005.
Celui-ci a cependant une étroite marge de manoeuvre : les difficultés rencontrées pour
la nomination officielle, le 20 mars, de son gouvernement lattestent. La
nomenclature en a été dessinée à la fois à Marcoussis et, dans la foulée, lors du
sommet parisien de Kléber les 25 et 26 janvier, avant de connaître un nouveau (et ultime
?) lifting à Accra le 6 mars. Mais il ne tiendra son premier Conseil des ministres au
complet que le 17 avril 2003. le 11 mars à Yamoussoukro, la première réunion du Conseil
national de sécurité (CNS), mis en place à Accra pour désigner les titulaires des
portefeuilles de la Défense et de la Sécurité, objets de litige, s'est soldée par un
blocage. L'attribution de ces deux départements, qui aurait fait l'objet d'un accord en
faveur de la rébellion, le 26 janvier à Paris, entre le président Gbagbo et Guillaume
Soro, le secrétaire général du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI),
retardera plusieurs semaines durant la nomination du gouvernement. Faute de solution
acceptable par tous, le chef de l'État s'est résolu à confier (à titre intérimaire)
les postes à deux membres de l'équipe de Diarra : le ministre des Eaux et Forêts Adou
Assoa et son collègue de l'Enseignement supérieur Zémogo Fofana. Il faut préciser que
ce point litigieux a entrainé la création dun Conseil national de sécurité. Cet
organe, créé d'un commun accord le 7 mars à Accra, capitale du Ghana voisin, est
chargé de désigner les deux personnalités appelées à assumer les fonctions de
ministre de la Défense et de la Sécurité dans la future équipe gouvernementale. En son
sein, outre le président de la République et son Premier ministre, on retrouve le
général Mathias Doué, chef d'état-major des Forces armées nationales de Côte
d'Ivoire (Fanci) ; le général de brigade Touvoly Bi Zobo, commandant supérieur de la
gendarmerie ; le contrôleur général Adolphe Baby, directeur général de la police.
Mais aussi un représentant de chacun des partis politiques et mouvements armés présents
en janvier dernier à Marcoussis, et le 7 mars à Accra.
Le premier Conseil des ministres du gouvernement de réconciliation nationale s'est tenu
le 13 mars à Yamoussoukro. Sans les représentants du RDR et des trois mouvements
rebelles, pour des raisons de « sécurité et de logistique ». L'équipe gouvernementale
devait comprendre 39 portefeuilles (auxquels seraient venus s'ajouter, au terme d'une
procédure spéciale, les ministères sensibles de la Défense et de la Sécurité).
Sources : Jeune Afrique/lIntelligent ; Allafrica.com ; Bienvenue sur la Côte
dIvoire.net
Le processus démocratique
ivoirien ayant été contrôlé par le pouvoir au début des années 90, il ny a pas
eu de rupture constitutionnelle jusquau Coup détat militaire du 24 décembre
1999. Avec larrivée au pouvoir des militaires, la Constitution du 3 novembre 1960,
révisée une dizaine de fois, qui organisait larchitecture institutionnelle du pays
a été suspendue et toutes les institutions qui en découlaient ont été dissoutes. Un
référendum constitutionnel organisé le 24 juillet 2000 a permis ladoption
dune nouvelle constitution.
Elle institue un régime de type présidentiel.
Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de 5
ans renouvelable une seule fois. La Constitution stipule quil est le détenteur
exclusif du pouvoir exécutif, quil détermine et conduit la politique de la nation.
Il nomme et révoque le Premier ministre qui est responsable devant lui. Sur proposition
du Premier ministre , il nomme les autres membres du gouvernement. Il a linitiative
des lois, concurremment avec l'Assemblée nationale. Il peut convoquer le référendum,
après consultation du bureau de lAssemblée nationale.
Le pouvoir législatif est exercé par l'Assemblée nationale composée de 225 députés
élus pour cinq ans au suffrage universel direct (scrutin uninominal à un tour par
circonscription). L'Assemblée nationale ne peut renverser le gouvernement.
Un Conseil constitutionnel est prévu par la nouvelle constitution. Il comprend un
Président et six conseillers (le président et 3 conseillers nommés pour 6 ans non
renouvelables par le Président de la République, 3 conseillers nommés par le Président
de lAssemblée nationale), les anciens présidents de la République. Le Conseil est
juge de la constitutionnalité des lois, régulateur du fonctionnement des institutions et
compétent en matière de contentieux électoral. Ses décisions sont rendues en premier
et dernier ressort. En attendant son installation effective, ses fonctions ont été
assurées à titre provisoire par la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême
présidée par Tia Koné qui a eu la lourde tâche de trancher tous les contentieux
relatifs aux élections présidentielle et législative doctobre et décembre 2000.
La Côte dIvoire dispose aussi dun Conseil économique et social aux
compétences consultatives.
La Côte d'Ivoire dispose
actuellement d'un appareil de justice dont la Cour Suprême est linstance la plus
élevée. Elle est constituée dune chambre administrative, dune chambre
judiciaire et dune chambre des comptes. Cependant, la révision constitutionnelle de
1998 prévoit la disparition de la Cour Suprême et son remplacement par trois
juridictions autonomes. Les trois chambres de la Cour Suprême citées ci-dessus seront
remplacées respectivement par un Conseil dEtat, une Cour de cassation et une Cour
des comptes. La mise en place de ces institutions se fera progressivement, le gouvernement
invoquant les disponibilités financières et humaines quimplique cette profonde
réforme.
Une Haute Cour de justice est prévue par la constitution de la deuxième République,
avec pour compétence, de juger le Président de la République en cas de haute trahison
et les membres du gouvernement pour crimes ou délits commis dans lexercice de leurs
fonctions.
La nouvelle Constitution prévoit
le principe de la libre administration des collectivités territoriales. Le processus de
communalisation a commencé en 1980 avec ladoption de la loi du 17 octobre 1980
relative aux communes. Cette loi a été modifiée par la loi du 29 juillet 1985, puis par
la loi du 3 août 1995 relative à lorganisation municipale.
La structure administrative du pays est composée de 16 régions, 58 districts («
préfectures »), 231 sous-districts (« sous-préfectures), 197 collectivités locales
(« communes ») et environ 8.549 villages. Les chefs de région, de districts et de
districts secondaires sont nommés par le Ministère de lintérieur.
Depuis lindépendance, le Gouvernement essaie de toucher les populations locales en
déconcentrant et en décentralisant la gouvernance et la fourniture des services.
Dans les zones urbaines, la décentralisation fait appel à la délégation des
responsabilités concernant les questions dintérêt local, vers des entités
appelées « communes », qui ont un statut juridique autonome. Leurs représentants sont
élus par la population locale. Le processus de décentralisation a démarré au milieu
des années 1980 et lexpérience sest révélée positive. Au total 197
communes (196 communes en plus de la Ville dAbidjan) ont été créées. Celles-ci
couvrent 15% de la superficie du pays et abritent 55% de la population.
Plus récemment, le Gouvernement a commencé à se concentrer sur lélargissement du
processus vers les zones rurales. La Loi 95-893 doctobre 1995 a accordé un statut
juridique aux villages et aux groupes de village ruraux, et leur a reconnu le droit
dêtre administrés par des organes de direction élus au niveau local et dotés
dune autonomie administrative et financière. La Loi a également établi le pouvoir
pour les communes rurales délaborer des plans de développement local (PDL), en
concertation et en collaboration avec les organes de direction déchelon supérieur
(districts, départements et régions). Selon les vux du Gouvernement, les Districts
ruraux (Pays ruraux groupements de 6 à 9 villages semblables au plan de
laccessibilité et du profil socio-économique, ayant au moins 5.000 à 6.000
habitants et 300 kilomètres carrés de superficie) seront transformés progressivement en
communes rurales (communautés rurales), dotées de fonctions administratives et
financières comparables à celles des communes urbaines.
Au début des années 1990, en raison de la récession économique, le montant total des
transferts vers les communes a considérablement diminué, ce qui a eu une incidence
négative sur la situation financière des municipalités. Cependant, Abidjan et les
grandes villes étaient déjà largement autonomes au plan financier dès le début des
années 1980.
Les fonds publics destinés aux communes sont générés à travers trois mécanismes :
(i) fonds collectés localement par la commune à travers les impôts, permis et
redevances ; (ii) les fonds collectés par le gouvernement central pour le compte de la
commune, dont une partie seulement est reversée aux communes (cette partie a été
considérablement diminuée depuis 1992) ; et (iii) les subventions transmises du
gouvernement central vers les communes. En 1993, 42 pour cent des recettes totales des
communes provenaient des impôts et droits locaux collectés directement, et autres 42
pour cent provenaient des impôts collectés au niveau central rétrocédés aux communes.
Le reliquat provenait des subventions accordées par le gouvernement central.
En général, les petites communes ont dû sappuyer davantage sur les transferts du
Gouvernement central, tandis que les communes plus larges ont dû compter de plus en plus
sur les fonds collectés localement et leurs revenus collectés par le niveau central ont
été détournés pour subventionner les petites communes et le Gouvernement central.
En plus de ces sources de recettes, le fonds dinvestissement pour le développement
urbain, (FIAU), a été créé en 1993 et canalise les ressources vers les communes. Les
Communes ont également accès au crédit provenant dun Fonds spécialisé (Fonds de
Prêts aux Collectivités Locales) qui accorde des prêts pour les infrastructures
directement productives.
Le Fonds régional daménagement rural, FRAR, léquivalent dans les zones
rurales du FIAU, canalise les ressources vers des groupes de villages (Pays ruraux). Bien
quil existe des critères (population et pauvreté) daffectation des fonds
provenant des FRAR et du FIAU, la réalité montre que laffectation des fonds est
tout à fait arbitraire, en raison des interventions politiques.
La Loi de 1985 a prévu que les communes étaient responsables : de la fourniture
décoles et dinfrastructures/équipements socioculturels ; des services de
santé publique/dhygiène, lentretien des routes et des marchés, etc. et des
services administratifs tels que la certification des naissances, des décès et des
mariages (« état civil ») et le recensement. En réalité, les responsabilités des
collectivités locales sont limitées à « létat civil », à la collecte des
ordures et à lentretien des rues, en raison des contraintes réglementaires et
institutionnelles.
La création des 110 premières communes rurales, annoncée officiellement par une
communication du Conseil des ministres en septembre 1996, na pas encore eu lieu. En
dépit de lenvironnement juridique favorable, lextension de la
décentralisation vers les zones rurales sera sans aucun doute limitée dans un premier
temps par : les contraintes financières, labsence de structures fonctionnelles de
direction au niveau des villages pour assumer des responsabilités de gouvernance, la
faiblesse de la coopération et de la prise de décision concertée entre les villages. Il
apparaît que le processus de sélection et de création des communes rurales sera lié et
coïncidera probablement de plus en plus avec les événements politiques à venir
(élections présidentielle et législative) et favorisera les régions dominées par les
forces au pouvoir. Même si cela, en soi, ne réduira pas limpact positif à long
terme de la décentralisation, il est probable que cela gênera dans un premier temps son
efficacité en matière de développement.
Sources : www. members.tripod.com
Une quarantaine de partis
existent, mais une dizaine seulement sont viables. Les quatre principaux partis (les trois
premiers sont représentés à l'Assemblée nationale) sont :
- le PDCI-RDA : fondé en 1946 par Félix Houphouet-Boigny, qui a conservé le pouvoir de
1960 à 1999. Ella a perdu pour la première fois sa majorité à lAssemblée
nationale lors des dernières élections législatives du 10 décembre 2000. Aucun de ses
candidat na pu se présenter à la présidentielle doctobre 2000 pour cause de
disqualification par la Cour suprême.
- le FPI : fondé en 1982 par Laurent Gbagbo, actuel Président de la Côte dIvoire.
Le FPI a été le principal parti dopposition face à lhégémonie du PDCI.
- le RDR (Rassemblement des républicains) : fondé en 1994, il a été dirigé par feu
Djény Kobina. Son leader actuel est lancien Premier ministre Alassane Dramane
Ouattara. Ce parti a été le grand absent des élections présidentielles et
législatives de 2000
- le PIT (Parti ivoirien des travailleurs) : fondé en 1990, et de
tendance marxiste, il est dirigé par Francis Wodié.
- lUSD (Union des Sociaux-Démocrates) du Professeur Bernard Zaourou Zadi.
- lUDPCI (Union pour la Démocratie et pour la Paix en Côte
dIvoire), dirigée par Yao Paul Akoto
- lUDCY (Union Démocratique et Citoyenne), de Théodore Eg Mel.
Il faut préciser quactuellement, le paysage politique ivoirien est essentiellement
constitué par le FPI, le RDR, le PDCI et les trois mouvements rebelles, à savoir le
MPCI, le MPIGO dont le leader Félix Doh a été exécuté dans un « règlement de
comptes », et le MJP.
Le pluralisme syndical est reconnu par la Constitution. Pendant les mobilisations en faveur de la démocratie, certains syndicats se sont illustrés. Cest le cas du Syndicat national des enseignants du secondaire de Côte dIvoire (SYNESCI), le Syndicat national de la recherche et de lenseignement supérieur (SYNARES). Le syndicalisme ivoirien est aussi constitué par les producteurs agricoles (café, cacao) qui bravent parfois le pouvoir sur la question des prix de leurs produits. Mais les connexions entre tenants du pouvoir et gros producteurs cassent le potentiel mobilisateur de ces associations. Cependant, le syndicat qui donne du fil à retordre au pouvoir est certainement la Fédération des étudiants et scolaires de Côte dIvoire (FESCI). Elle entretient une sempiternelle fronde qui lui vaut dêtre considérée et traitée par le pouvoir comme une vraie menace. Elle a été interdite six mois en 1997. La police intervient parfois sur le campus de Cocody et affronte les étudiants qui manifestent dans les rues. Les étudiants sestiment tout particulièrement victimes des violences policières, notamment depuis la descente policière nocturne à la cité universitaire de Yopougon dans la nuit du 17 au 18 mai 1991. Les récents mouvements estudiantins davril-mai 1999 ont conduit à larrestation de plus de 200 élèves et étudiants. Durant lannée 2000 et dans le contexte de la préparation des élections présidentielles, le mouvement estudiantin a été traversé par des tensions entre diverses factions regroupées autour des membres de la direction de la FESCI. Les affrontements ont été parfois si violents au point dentraîner lintervention des forces de lordre pour départager les belligérants.
Plusieurs organisations occupent
le terrain des droits de lhomme comme la section ivoirienne dAmnesty
International, lAssociation chrétienne pour labolition des tortures et le
respect des droits de lhomme, la Ligue ivoirienne des droits de lhomme
(Lidho), le Midh (Mouvement ivoirien des Droits de lHomme) créés respectivement en
1987 et 2000,lAction pour la Protection des Droits de lHomme (Apdh). Plusieurs
dirigeants politiques et syndicaux, dont Laurent Gbagbo, ont ainsi été emprisonnés
après les violentes manifestations de février 1992, et n'ont dû leur liberté, 5 mois
plus tard, qu'à une loi d'amnistie votée par le Parlement. Le président de la Ligue
ivoirienne des droits de lhomme, René Degni-Segui, a été victime de plusieurs
interpellations par le passé. La presse écrite proche de l'opposition n'est pas non plus
épargnée par cette répression dont lobjectif est de priver les Ivoiriens du droit
à linformation.
Mais la situation en Côte dIvoire en matière de droits de lhomme est devenue
intenable depuis le coup dEtat du 24 décembre 1999. Le vendredi 27 octobre 2000,
les corps de 57 cadavres qui navaient pas été ensevelis ont été découverts dans
un terrain vague à Yopougon, une commune dAbidjan située au nord de la ville. Ces
atrocités, sans précédent dans lhistoire récente de la Côte dIvoire, ont
déclenché lhorreur du monde entier et du gouvernement ivoirien de Laurent Gbagbo
qui avait prêté serment la veille. Plusieurs ministres dont le ministre de
lIntérieur, feu Emile Boga Doudou , se sont rendus immédiatement sur les lieux et
ont affirmé leur volonté de faire la lumière sur ces faits et de punir les coupables.
Tout en confiant à la justice le soin denquêter sur ces faits, les autorités
ivoiriennes ont invité dautres organisations, notamment Amnesty International et
lONU, à venir enquêter sur place. Il convient de rappeler que le massacre de
Yopougon sincrit dans un contexte de manifestations parfois violentes de partisans
du Rassemblement des républicains (RDR) qui réclamaient une nouvelle élection
présidentielle au motif que leur candidat, Alassane Dramane Ouattara, ainsi que tous les
candidats de lancien parti au pouvoir, le Parti démocratique de Côte dIvoire
(PDCI), avaient vu leur candidature rejetée par la Cour suprême. Cette élection
présidentielle doctobre 2000 na en fait opposé que deux principaux
candidats, le général Robert Gueï, qui dirigeait le pays depuis le coup détat de
janvier 1999, et Laurent Gbagbo, président du Front populaire ivoirien (FPI). Les
résultats de cette élection qui ont donné Laurent Gbagbo largement vainqueur avec 59%
des voix ont été contestés par le général Gueï. Celui-ci a voulu interrompre le
décompte des voix et sauto-proclamer vainqueur. Cette décision a provoqué de
grandes manifestations populaires qui ont abouti à léviction du Général Gueï,
le 25 octobre 2000. Face à la demande des partisans du RDR dorganiser de nouvelles
élections, les partisans du nouveau président élu, Laurent Gbagbo, soutenus par une
majorité des forces de gendarmerie, ont refusé de remettre en cause le suffrage des
urnes. Ce désaccord a débouché sur des affrontements de rue qui ont entraîné la mort
de certains membres des forces de sécurité et de manifestants ainsi que sur des
arrestations massives de partisans supposés ou avérés du RDR mais aussi de nombreux
ressortissants de la sous-région, appréhendés uniquement parce quils portaient un
nom dorigine musulmane et étaient donc considérés comme des opposants du nouveau
président élu. Des dizaines de personnes ont ainsi été conduites dans de nombreux
lieux de détention, dont le camp commando de la gendarmerie dAbobo, un quartier au
nord dAbidjan, où ont été détenues et parfois abattues toutes les personnes dont
les cadavres ont été retrouvés dans un terrain vague à Yopougon.
Les forces du gouvernement et les forces rebelles sont responsables de violations du droit
humanitaire international, notamment de viols, d'attaques contre des civils, de pillages
systématiques de biens appartenant à des civils et d'exécutions de sympathisants
présumés des forces ennemies. Selon Amnesty international, à Bouaké, le 6 octobre
2002, une soixantaine de gendarmes accompagnés dune cinquantaine de leurs enfants
et de quelques autres civils ont été arrêtés dans leur caserne par des éléments
armés du Mouvement patriotique de Côte dIvoire (MPCI) qui avaient pris le
contrôle de la deuxième ville du pays depuis le 19 septembre 2002. Ces personnes ont
été conduites à la prison du camp militaire du 3e bataillon dinfanterie. Ce même
soir, des éléments armés du MPCI sont entrés à plusieurs reprises dans la prison et
ont tiré en rafales, tuant et blessant des dizaines de détenus. De par son ampleur et
son caractère purement ethnique, le massacre de Yopougon a constitué dans
lhistoire récente de la Côte dIvoire une transgression qui va longtemps
hanter les mémoires. Ce crime impuni a servi explicitement de justification au massacre
des gendarmes à Bouaké et son spectre a ressurgi dans les tueries de Daloa en octobre
2002, de Monoko-Zohi en novembre 2002 et de Man en décembre de la même année au cours
desquelles les forces gouvernementales ont tué des dizaines de personnes sur la base de
listes établies sur des critères politiques mais surtout ethniques et où figuraient de
nombreux ressortissants de la sous-région, notamment des Maliens, des Burkinabè et des
Guinéens soupçonnés dêtre des opposants du gouvernement dAbidjan.
Amnesty International estime quavec le massacre de Yopougon un pas décisif a été
franchi dans la transgression dinterdits qui jusqualors avaient évité au
pays des massacres et des violences sur des bases ethniques, alors même que depuis des
années certains journaux et des médias dÉtat nont cessé de relayer des
discours xénophobes au nom de lidéologie de « livoirité ».
Au moins deux massacres ont été rapportés, en mars 2003, à Bangolo et Dah. Ces deux
incidents auraient fait au moins 100 victimes civiles. Les forces du gouvernement et
celles des rebelles sont également responsables de tueries perpétrées en représailles,
en particulier contre des villes ayant changé de camp. Ce fut le cas à Man, en décembre
2002 lorsqu'une contre-offensive loyaliste a permis la prise de la ville et sa tenue
pendant environ dix jours et à Toulepleu, prise par les rebelles en décembre 2002 puis
reprise par le gouvernement, en janvier 2003. Les tueries lancées en représailles par
les forces du gouvernement se sont souvent basées sur des affiliations ethniques,
nationales ou politiques alors que les forces rebelles ont pris pour cibles des
responsables du gouvernement ou des sympathisants présumés du gouvernement. Il est
essentiel que les deux parties en guerre protègent les civils et fassent tous les efforts
pour minimiser les victimes civiles au cours de toute offensive future dans la zone.
Afin de mettre un terme à limpunité qui engendre un cycle continu de massacres en
Côte dIvoire, Amnesty International a demandé au gouvernement ivoirien et aux
mouvements rebelles de respecter les principes du droit humanitaire international et en
particulier larticle 3 commun aux quatre Conventions de Genève qui protège toute
personne qui ne participe pas directement aux hostilités y compris les membres des forces
armées qui ont déposé les armes et les personnes mises hors détat de combattre ;
de mettre un terme au soutien implicite ou explicite aux médias indépendants ou
contrôlés par lÉtat qui véhiculent un message xénophobe visant notamment les
ressortissants dorigine étrangère et les Ivoiriens originaires du nord du pays ;
dexercer un contrôle strict de leurs troupes et veiller à ce que dautres
exactions y compris les mauvais traitements, la torture et les exécutions sommaires, ne
soient plus commises par les membres du MPCI, du MPIGO et du MPJ sur toute létendue
du territoire ivoirien . Amnesty International a aussi demandé à la communauté
internationale, notamment aux troupes étrangères, françaises et de la CEDEAO de veiller
à la protection des populations civiles tel que cela est prévu dans la résolution 1464
du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 5 février 2002. Il sagira
également pour eux de veiller à ce que soit immédiatement ouverte une enquête pénale
si des personnes soupçonnées davoir commis en Côte dIvoire des crimes aux
termes du droit international se trouvent sous leur juridiction. Dans le cas où des
preuves suffisantes seraient réunies à lencontre de ces personnes, celles-ci
doivent être jugées dans le pays où elles se trouvent en accord avec les normes
internationales les plus élevées ou bien elles doivent être extradées vers un autre
pays capable et désireux de les juger selon ces procédures ou bien encore elles doivent
être remises à la Cour pénale internationale.
Sources : Human Rights Watch ; Amnesty International.
Depuis 1991, la presse ivoirienne
est régie par la loi n°91-1033 du 31 décembre 1991 portant régime juridique de la
presse, la loi n° 91-1034 portant statut des journalistes professionnels, et la loi
relative à la communication audiovisuelle. Une commission nationale de la presse et un
conseil national de la communication audiovisuelle (CNCA) ont été créés.
Des concessions de service public ont alors été signées entre l'État et des
entreprises privées de radiodiffusion et de télévision.
Il existe deux grandes chaînes publiques de télévision réunies au sein de l'entité
RTI (Radiodiffusion Télévision Ivoirienne) : RTI 1 (ou La Première, diffusion
nationale) et RTI 2 (ou TV2, diffusée à ses débuts exclusivement sur Abidjan et sa
région). Elles proposent respectivement une moyenne de 10 à 13 heures et 6 à 8 heures
de programmes quotidiens chacune.
La RTI gère également un réseau de deux radios : Radio Côte d'Ivoire (couvre tout le
territoire national) et Fréquence 2 (ensemble du pays, après avoir dans un premier temps
uniquement desservi la région d'Abidjan). Ces deux stations publiques sont en tête des
études d'audience.
Selon un sondage réalisé par le Cabinet parisien HPCI Média (en juin 2001), Fréquence
2 (musicale) et Radio Côte d'Ivoire (généraliste) dominent le palmarès en recueillant,
à elles deux, plus de 60 % de l'audience (veille en cumulée), loin devant les radios
internationales.
Accusant un déficit de près de 7 milliards de francs CFA (10,7 millions d'euros),
l'entreprise publique RTI est depuis août 2001 engagée dans une phase de
restructuration. La privatisation de TV2 est prévue.
Canal+ Horizons est la seule chaîne de télévision privée à émettre sur le réseau
hertzien d'Abidjan (depuis le 21 janvier 1994). La chaîne à péage en langue française
à destination du continent africain est une filiale de Canal +. Canal+ Horizons suit le
même concept de programmation que celui de Canal+ dont elle relaie intégralement le
signal. Aucune production propre. Ni publicités, ni émissions locales.
Canal+ Horizons compte près de 40 000 foyers abonnés locaux.
TV5, la télévision internationale, est "offerte en +" aux abonnés de Canal+
Horizons mais peut-être reçue directement comme CFI-TV, autre chaîne satellitaire.
Également disponible sur abonnement : Canal+ Vert.
Les chaînes de télévision du bouquet satellite francophone "Le Sat" (100 000
abonnés en Afrique), propriété de l'ex-Sofirad, sont reçues à Abidjan grâce à une
antenne MMDS : TV5 Afrique, RTL9, Festival, Tiji, Mangas, MCM Africa (déclinaison de
MCM), Euronews, Planète, etc.
Une offre audio permet l'accès gratuit à quelques programmes de radio - ils s'écoutent
sur les haut-parleurs du téléviseur ou sur une chaîne hi-fi raccordée au terminal
numérique : RFI, Sport'OFM, Média Tropical et Africa N°1. Un simple appui sur la touche
"radio" de la télécommande donne accès aux stations diffusées.
Quelques promoteurs nationaux ont présenté divers projets de télés privées devant
l'autorité de régulation (Conseil national de la communication audiovisuelle - CNCA).
Exemple : Afric Channel, annoncée pour janvier 2002, n'a pas encore débuté sa
diffusion.
Cette chaîne satellitaire, à vocation commerciale, est détenue par un homme d'affaires
ivoirien. Afric Channel, qui émettra depuis Milan (Italie), se veut pluridimensionnelle :
elle vise à la fois le marché ouest-africain, celui de la Côte d'Ivoire en particulier,
et les 8 215 000 Africains résidant en Europe.
Le paysage audiovisuel ivoirien s'est enrichi de nombreuses stations émettant en
modulation de fréquence (FM). Trois catégories : les radios de proximité, les radios
commerciales et les radios étrangères.
Les radios de proximité représentent un intérêt local et prennent en compte la vie
d'une communauté sur le plan social, économique et culturel (située dans un rayon de 10
km). Depuis juin 1998, les radios ont commencé à émettre suite au décret du 13
septembre 1995 fixant leurs règles de fonctionnement.
L'on recense près de 52 radios de proximité (associatives). Elles ont toutes reçu un
agrément (dont 26 licences aux communes et 26 aux personnes morales privées).
Interdiction de diffuser des émissions à caractère politique et de la publicité de
marque. Leur nombre s'est considérablement réduit, notamment à Abidjan.
Une dizaine de radios de proximité émettent encore dans la capitale :
- Radio Yopougon (radio communale),
- Radio ATM Port-Bouët (radio communale),
- City FM (pers. morales privées, Treichville),
- RFS/R. Femme Solidarité (pers. morales privées, Cocody),
- Cocody FM (personnes morales privées, Cocody
- Radio Espoir, radio religieuse non commerciale,
- Zénith FM,
- Radio Amitié,
- Radio Anyama.
Seules deux radios privées sont autorisées à diffuser de la publicité :
- Radio Nostalgie, filiale de Nostalgie International, reçue à Abidjan,
- JAM FM, autorisée depuis mars 1993, a enfin débuté ses émissions (début 2000). Le
décret portant approbation de sa convention générale pour l'exploitation d'un service
public de radiodiffusion avait été signé en Conseil des ministres (24 /04/ 96).
JAM diffuse un fil musical non animé en continu (rap, funk, rnb, reggae
) sans
animateurs mais avec quelques spots de pub. La station FM, propriété de François
Konian, ancien producteur de musique, est co-managée par Mitsou (ex-NRJ France, depuis
"exilé" en Côte d'Ivoire).
Enfin, les trois radios étrangères captées sur la bande FM : RFI (Abidjan et Korhogo),
Africa N°1 (Abidjan) et BBC (Abidjan) n'ont pas accès à la pub. La Voix de l'Amérique
(Voice of America/VOA) a obtenu en septembre 2001 une licence en vue d'émettre en FM à
Abidjan.
Depuis 1990, l'on assiste à un foisonnement de journaux : la Côte d'Ivoire compte une
bonne cinquantaine de quotidiens, hebdos et autres périodiques paraissant
régulièrement. Malgré les apparences, la presse ivoirienne, avec près de dix
quotidiens, est un marché où la concurrence reste très vive.
Plusieurs journaux appartiennent au giron de l'État : Fraternité-Matin, Ivoir' Soir, les
magazines Femmes d'Afrique, Spécial Auto et le Guido. La privatisation du Groupe
Fraternité-Matin, annoncée en août 2001 par le Gouvernement, interviendra après sa
restructuration.
La presse privée quotidienne est très dynamique : Notre Voie (proche du FPI, au
pouvoir), Actuel, Soir Info, l'Inter, le National, Le Patriote (proche du RDR), le Jour,
etc.
La presse spécialisée s'est imposée : Top Visages (musique, leader en diffusion avec 50
000 ex), Gbich (satyrique, 40 000 ex), Mimosas (sports), Mousso (femmes), etc. La plupart
des journaux sont des tabloïds.
Sources : Médias Presse Afrique Côte dIvoire.
COTE D'IVOIRE : |
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