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La mise à jour de cette notice a été faite par M. Boubacar
Issa Abdourhamane,
doctorant au CEAN, IEP-Université Montesquieu-Bordeaux IV
Arrivé au pouvoir en 1975 à la suite de la guerre de décolonisation
contre le Portugal, le Front de libération du Mozambique (FRELIMO) na pas connu de
répit à cause de la guerre civile qui la rapidement opposé à la Résistance
nationale du Mozambique (RENAMO). En raison de léchec des Accords dIncomati
avec lAfrique du Sud (16 mars 1984) qui devaient permettre lintégration de
quelques responsables de la RENAMO au gouvernement, la guerre civile sélargit
considérablement à partir de 1986. Cest dans ce contexte que le Président Samora
Machel meurt dans laccident non élucidé de son avion. Joaquim Chissano est nommé
Président le 6 novembre 1986.
En mai 1988, lAfrique du Sud et le Mozambique décidèrent de revivifier leur
commission conjointe. En février 1989, Pretoria présenta une nouvelle proposition de
paix, les États-Unis soffrant comme médiateur. Le FRELIMO accepta dabord la
médiation du Kenya, puis du Zimbabwe. Le 9 janvier 1990, le Président Chissano annonça
au cours dun meeting labolition de la peine de mort et lavant-projet de
révision constitutionnelle. En juillet 1990 commencèrent les négociations à Rome, sous
légide de lordre de Santo Egidio (représentant officieusement le Vatican),
entre le gouvernement du FRELIMO et la RENAMO, en présence de représentants américains,
italiens et, notamment, de larchevêque catholique de Beira. Commencèrent toute une
série de sessions (rondas) dont certaines furent des échecs, un 1er protocole
nétant signé que le 18 octobre 1991.
Pendant tout le temps des négociations la guerre continua durement, la RENAMO maintenant
globalement ses zones malgré lapparition de phénomènes messianiques de
contre-guérilla populaire (comme les Naparamas). Laccord général de paix
fut finalement atteint le 4 octobre 1992 et quinze jours plus tard cessèrent les derniers
incidents militaires. Le pays connut dès lors la "dualité administrative",
pourtant non reconnue par les accords, pendant que se mettait en place lONUMOZ
(Opération des Nations unies au Mozambique), dirigée par litalien Aldo Ajello,
envoyé spécial de Boutros Boutros-Ghali. Une considérable méfiance se maintint entre
les deux partis armés, le chef rebelle Alfonso Dhlakama reportant chaque fois son
installation à Maputo, pendant que les petits partis de la troisième force ne pouvaient
pénétrer en zones RENAMO (environ 23% du territoire).
Des incidents provoqués par les soldats des deux camps se multiplièrent, afin
dobtenir les garanties monétaires de leurs démobilisations. La démobilisation des
enfants-soldats fut encore plus délicate. La très grande majorité des soldats ne
souhaitèrent pas entrer dans larmée unifiée mais rentrer chez eux. LONUMOZ
dotée denviron 8.000 hommes parvint cependant à sériger en véritable
acteur politique national, et à défaire la plupart des obstacles. La campagne
électorale eut lieu à peu près normalement, même si la RENAMO menaça à plusieurs
reprises de sen retirer si largent de lONU (Trust Fund) pour sa
transformation effective en parti politique ne lui parvenait pas à temps, et même si le
FRELIMO fut accusé dutiliser à plein les ressources du contrôle de lÉtat.
Les petits partis, terriblement divisés, furent écrasés par la logique de blocs des
deux anciens partis armés. Les élections sanctionnèrent la victoire électorale du
FRELIMO, mais avec des caractéristiques inquiétantes dun vote fortement concentré
dans les quatre provinces du Sud et dans lextrême-Nord. Inversement, la RENAMO
pourtant battue, put prouver sa légitimité politique, arrachant le vote de plus
dun tiers des Mozambicains et la majorité absolue dans les provinces du Centre et
Centre-Nord. La nouvelle Assemblée pluraliste tint sa première session le 8 décembre
1994, le Président Chissano étant investi le 9 et nommant Pascoal Mocumbi Premier
ministre.
Le FRELIMO refusa absolument toute idée de gouvernement dunité nationale et
maintint une situation de pouvoir unique, excluant ainsi la RENAMO de toutes les
ressources de lÉtat. Au Parlement, sept commissions pluripartites ont néanmoins pu
se mettre au travail, notamment pour préparer un réaménagement des textes demandé par
la RENAMO en juillet 1995 et intervenue en 1996 et en 1997.
Si une reprise de la guerre civile semble improbable, la stabilité du pays est cependant
mise en question par les difficultés du déminage, par la croissance continue du
banditisme urbain et de grand chemin et lapparition dun étrange groupe armé,
les chimwenje, qui serait établi dans danciennes bases de la RENAMO bien
quagissant en direction du Zimbabwe. La persistance de conditions sociales
désastreuses met le gouvernement dans une situation difficile, aggravée par les
programmes avec le FMI.
Les 28-29 octobre 1995, des rumeurs dun coup dÉtat fomenté par des
généraux ex-RENAMO de larmée unifiée ont été démenties par le chef de
lÉtat lui-même, provoquant néanmoins le voyage éclair à Maputo du
vice-président sud-africain Thabo Mbeki. Plus sérieusement, des heurts violents entre la
police et des chefs traditionnels (regulos) danciennes zones RENAMO ont
éclaté, notamment à Dombe (Manica) en juin 1995 : nayant jamais vu des bienfaits
de lÉtat que la répression, ces regulos ont refusé limplantation de
policiers avant tout développement éducatif ou social.
Par ailleurs, le processus électoral a connu des ratés avec les premières élections
locales de juin 1998. Malgré la révision constitutionnelle quelle a obtenue,
ladoption de la nouvelle loi n° 2/97 sur les municipalités, ainsi que la mise en
place dune commission nationale électorale, la RENAMO a boycotté le scrutin faute
daccord avec le pouvoir sur le cadre institutionnel et les modalités de la
décentralisation. Le processus de paix et la démocratisation ont néanmoins fait des
progrès considérables depuis la signature des accords de paix en octobre 1992. Les
dernières élections présidentielles et législatives datent de décembre 1999. Le
Président sortant, Joaquim Alberto Chissano a été réélu pour un mandat de 5 ans par
52,2% des électeurs contre 47,7% pour son adversaire Alphonso Dlakama, le leader de la
RENAMO. Aux législatives également, le FRELIMO arrive en tête et obtient la majorité
absolue avec 133 sièges contre 117 pour la RENAMO sur la totalité des 250 sièges du
parlement mozambicain. La proclamation de ces résultats a déclenché des protestations
chez les partisans de l'ex. rébellion armée qui s'estiment victimes de fraudes massives
organisées par le parti au pouvoir. Les observateurs internationaux estiment quant à eux
que les scrutins ont été transparents. Mais cette tension n'a pas remis en cause le
processus de réconciliation nationale et la RENAMO, au regard des scores enregistrés, a
bien réussi sa transformation de mouvement armé en parti politique démocratique.
Le FRELIMO sest officiellement constitué en parti unique
"marxiste-léniniste" lors de son 3ème congrès en 1977. Cette orientation a
été abandonnée lors du 5ème congrès de juillet 1989. Début 1990, en pleine vague de
grèves urbaines, le droit de grève a été reconnu et la marche au pluralisme
accélérée. Le 2 novembre 1990 lAssemblée populaire élue sous régime de parti
unique en décembre 1986 a unanimement adopté la nouvelle Constitution pluraliste,
entrée en vigueur le 30 novembre. Tout groupement réunissant un certain nombre de
signatures dans toutes les provinces, validées par le Tribunal Suprême doit être
reconnu comme parti. La RENAMO a refusé de se plier à cette démarche, estimant que les
Accords de Rome la reconnaissaient de jure comme parti. Le Mozambique devint la
"République du Mozambique" et lassemblée populaire
l"Assemblée de la République".
Le régime est semi-présidentiel, mais déséquilibré en faveur de lexécutif. Le
Président de la République est le chef de lÉtat et du gouvernement, et le
commandant en chef des Forces armées. Il est élu pour cinq ans au suffrage universel
direct, secret à la majorité, et doit être proposé par au moins 10.000 électeurs dont
au moins 200 dans chacune des onze provinces. Un Président ne peut faire plus de deux
mandats successifs, mais peut être réélu après un intervalle de cinq ans. Le Premier
ministre est responsable devant lAssemblée. Le Président peut dissoudre
lAssemblée, notamment en cas de conflit entre celle-ci et le Premier ministre.
LAssemblée, composée de 250 députés, est élue au suffrage universel direct et
proportionnel par province, pour cinq ans. Elle peut renverser le Premier ministre.
Néanmoins, celui-ci nest pas obligé de se soumettre à son vote et peut être
maintenu par le Président. De plus, l'Assemblée nationale peut être dissoute par le
Président de la République.
Le Conseil constitutionnel est lorgane compétent en matière de contrôle de
constitutionnalité des lois. Il est également compétent pour superviser lensemble
du processus électoral, connaître du contentieux électoral, trancher les conflits
dattribution entre les institutions de lEtat. La saisine du Conseil est
réservée au Président de la République, au Premier ministre, au président de
l'Assemblée nationale et au procureur général de la République. Les décisions du
Conseil ne sont susceptibles daucun recours.
L'administration centrale mozambicaine est placée sous le contrôle du Gouvernement. Le Président de la république est le Chef de l'administration. La loi détermine sa forme, son organisation et ses pouvoirs. Au niveau provincial, l'autorité est représentée par les gouverneurs des provinces. Ils sont nommés et révoqués par le Président de la République.
Le nombre de fonctionnaires est passé de 9000 à lindépendance
à 109000 en 2000. Mais seuls 3% sont titulaires de diplômes universitaires. Le secteur
public emploie 0,5% de la population. Contrairement aux autres pays africains, le
problème de la fonction publique mozambicaine nest pas de réduire les effectifs
mais dopérer des changements dans lorganisation du travail et la capacité
des agents. Ladministration reste confrontée à la centralisation excessive,
labsence de planification et de règles claires en matière de recrutement, le
faible niveau de qualification technique et académique. Deux- tiers (2/3) des
fonctionnaires touchent le salaire minimum, ce qui rend la fonction peu compétitive face
à la concurrence, en particulier celle exercée par le secteur privé ou les projets
financés par les bailleurs de fonds internationaux travaillant en collaboration avec le
gouvernement mozambicain, et la fragilise face à la corruption.
Pour résoudre ces problèmes, le gouvernement a produit en 1998 un document présentant
un plan de réforme administrative avec des mesures comme : la création dune
commission de coordination interministérielle sur la réforme du service public en vue de
rendre attractif les salaires de secteur public et de retenir les hauts cadres tentés par
le secteur privé. Le gouvernement met en place une politique salariale fondée sur le
principe de la différenciation. Le gouvernement tente aussi de résoudre le problème de
la qualification personnel surtout dans les administrations locales, notamment les
provinces et districts en garantissant des avantages financiers et de carrière à tous
ceux qui acceptent de servir en province. Les réformes visent notamment à augmenter le
nombre de fonctionnaires du niveau intermédiaire et du haut niveau pour permettre au
gouvernement de disposer dune capacité danalyse, de planification et de
développement des politiques. Elles passent nécessairement par le changement de statut
de la fonction publique dans le but de ladapter aux évolutions et contraintes
politiques, sociales en cours. En 1995, on a assisté à lintroduction dun
code de conduite du statut général des fonctionnaires qui décrit la procédure
administrative à travers tout le pays. La même année est introduit le Système
dIdentification Personnel (SIP) pour organiser une base de donnée de la fonction
publique. Depuis 1996, un nouveau système de carrière et de salaire définit les
conditions daccès et de départ de la fonction publique ainsi qu'un index de
salaire évoluant suivant la performance et lexpérience. Un projet de mise en place
dune école dadministration publique a été annoncé par le Ministère de
ladministration territoriale.
Mais la plupart des recrutements continuent à être faits directement compte tenu de la
difficulté dorganiser les concours dentrée à la fonction publique. Le
contrôle sur le personnel, les salaires et le système de paiement est centralisé,
malgré la décentralisation des ressources financières en 1994 déléguant la gestion de
70% des travailleurs locaux aux gouverneurs des provinces dans le but d'associer les
populations aux prises des décisions relatives à leurs besoins.
Avec un budget financé à 60% par lextérieur, la définition de la politique
administrative du pays reste sous l'effet de la très forte pression des différents
bailleurs des fonds qui n'ont pas toujours les mêmes priorités et agenda. Le hauts
cadres, bien que conscients des impératifs économiques, sont réticents à mettre en
uvre les réformes, par crainte de mettre en péril les positions quils
occupent. Ce qui se traduit par une forte résistance à la mise en uvre des
réformes au sommet. Dans certains secteurs, la capacité administrative a été affaiblie
dans la mesure où les meilleurs cadres de l'administration ont été attirés par les
salaires alléchants du secteur privé, des ONG ou des bailleurs de fonds. Dans le même
temps, certains de ces derniers, gèrent les projets comme des enclaves, contribuant ainsi
à affaiblir les responsables des administrations ministérielles dont ces mêmes projets
sont censés renforcer la capacité. Enfin, sur la plan de la réforme fiscale et
douanière plusieurs mesures ont été prises, notamment, lintroduction de la taxe
sur la valeur ajoutée en juin 1999, linformatisation dune dizaine de bureaux
de douanes en septembre 2000, lapprobation dune nouvelle législation
douanière comprenant un code douanier et organisant la juridiction douanière.
Lhistoire de la réforme administrative a commencé en 1933, sous la colonisation
avec la promulgation de la Réforme Administrative de lOutre-mer (RAU) instituant
les gouvernement locaux, mais fondée sur un système discriminatoire, opérant plus dans
les villes habitées en majorité par les colons portugais. Ce système a été aboli en
1978 par la loi n°5/78 et n°6/78 du 22 avril 1978 instaurant les Conseils exécutifs de
la ville auxquels furent assignés le rôle dorganes exécutifs des Assemblées et
districts établis par la loi n°7/78 du 22 avril 1978. Chaque Conseil exécutif était
composé dun administrateur désigné par le gouvernement central et de 3 à 5
membres désignés ou élus par lAssemblée du district ou de la cité. Hors des
villes, il y avait uniquement les administrateurs de districts, ainsi que les structures
des villages communautaires.
Le débat public national sur la décentralisation a été lancé en 1987 et la même
année, lAssemblée Nationale adopta la loi n°2/87 portant notamment sur une plus
grande responsabilité des Assemblées et Conseils devant les populations. Sous le régime
du parti unique (1975-1990/91) les provinces avaient été dotées dassemblées
provinciales qui nont jamais réussi à créer un espace de pouvoir face à celui du
gouverneur. Il y a 11 provinces au total qui sont elles-mêmes divisées en 130 districts
(de 1ère, 2ème ou 3ème classe), eux-mêmes subdivisés en plus de 300 postes
administratifs (subdivision existant à lépoque coloniale et rétablie en 1986) et
en localités (les localités recouvrent en pratique les anciennes chefferies, ou
regedorias, dissoutes le 26 juin 1975). Dans le cadre de la politique de
décentralisation, un projet sur la décentralisation et la démocratisation (PDD) a été
initié sous la tutelle du ministère de ladministration territoriale et de la
Banque mondiale. Paradoxalement, la transition pluraliste (1990-1994) a fait disparaître
les assemblées provinciales de districts, de localités et de villages communautaires.
En 1994, lAssemblée Nationale vota la loi n°3/94 sur les municipalités urbaines
et rurales ainsi que les dispositions électorales applicables pour les futures élections
locales. En 1996, un amendement à la constitution de 1990 fut opéré par la loi n°6/96
du 22 novembre 1996, à la demande de lopposition qui exigeait une nouvelle
législation sur les municipalités.
En 1997, lAssemblée Nationale a adopté 9 textes pour servir de base légale à la
politique de la décentralisation. Il sagit notamment de la Loi 2/97 du 18 février
1997 sur les municipalités et la Loi 11/97 du 31 mai 1997 portant sur les finances
municipales. Cette dernière loi trace les contours administratifs des municipalités et
leur donne une autonomie financière.
Les élections municipales ont eu lieu le 30 juin 1998 dans 33 circonscriptions (10
capitales régionales, 13 cités, 10 villes), boycottées par toute l'opposition. Le taux
de participation a été de 85% des inscrits. En Août les nouveaux maires élus ont été
installés. Les élections locales marquent, cependant, lentrée en scène, dans
certaines zones des candidats inscrits sur des listes indépendantes qui ont obtenus des
scores non négligeables compte tenu de l'appel au boycott. Cest le cas dans la
municipalité de Beira où le Groupe de réflexion pour le Changement (GRM) a remporté 17
des 44 sièges en jeu, Manhiçan où les Naturels de Manhiça (Naturma) ont obtenu 5 des
13 sièges, Maputo où la liste Ensemble pour la ville (JPC) a obtenu 15 des 59 sièges,
Matola où le Mouvement Uni Mozambicain (RUMO) a obtenu 7 des 43 sièges et enfin à
Nacala Porto où les frères de Nacacala ont remporté 11 des 39 sièges en jeu. Cette
faible montée de la société civile traduit partiellement les enjeux de l'urbanisation
galopante et les solutions à mettre en oeuvre. En 1998, la population urbaine représente
38% mais elle augmente de 6% par an contre seulement 2,4% pour la population habitant les
zones rurales. Ce qui pose des problèmes en terme de capacité daccueil, les
infrastructures des centres urbains ayant été conçues pour une moindre population.
Mais le poids de la tradition de centralisation et de la gestion autoritaire pèsent
encore sur les nouvelles institutions. Le principal parti dopposition a boycotté
ces élections marquées par une participation très faible estimée à 15%. Actuellement,
une grande partie des ressources des municipalités proviennent des transferts du
gouvernement et environ 40% est consacré au fonctionnement dont le paiement des salaires.
Le Décret n°15/2000 du 20 juin 2000 a introduit des dispositions visant à harmoniser
les rapports et faciliter la coopération entre les autorités élues au niveau des
municipalités et les autorités traditionnelles ou religieuses non élues mais jouissant
dune forte légitimité au sein des populations.
Le ministère de lAdministration territoriale (Ministério da Admistração Estatal,
MAE) avec la Direction de ladministration locale (Direcção National de
Admistração local) sont les principaux organes de lEtat chargés de la mise en
uvre de la décentralisation. Le Ministère des finances est aussi impliqué pour
toutes les questions touchant le transfert et la gestion des ressources. Les districts et
autres circonscriptions administratives qui ne font pas partie des 33 municipalités où
ont eu lieu les élections sont toujours régis par lancienne législation et
restent sous la tutelle du gouvernement central.
Au terme de l'article 167 de la Constitution la justice mozambicaine
est composée de la Cour Suprême, de la Cour administrative, des Cours martiales, des
juridictions douanières, des tribunaux maritimes et des tribunaux du travail. La Cour
Suprême est la plus haute juridiction du pays. Elle assure l'uniformité de l'application
de la loi au bénéfice des citoyens mozambicains. Elle est composée de juges nommés et
de juges élus dont le nombre est déterminé par la loi. Lors des procès devant la Cour
Suprême la décision est prise par les juges professionnels, les juges élus ne
participant qu'aux auditions des parties selon l'article 171 de la Constitution.
La loi de 1991 renforce les pouvoirs de la Cour Suprême pour administrer lensemble
du contentieux civil et pénal. Elle entend aussi les appels, dont ceux relatifs aux
décisions rendues par les juridictions militaires bien que le Ministre de la Défense
reste ladministrateur de ces juridictions. La Cour Suprême est compétente pour
juger les membres du parlement et toute personne jouissant de limmunité devant les
juridictions ordinaires.
Le Président de la République nomme le Président et le vice-président de la Cour
Suprême. Les choix des ces juges sont transmis à lAssemblée Nationale pour
approbation. Pour les juridictions inférieures, les nominations des juges, ils sont
désignés par le Haut Conseil Supérieur de la magistrature (CSMJ), lorgane de
surveillance des magistrats sur une liste mais la sélection finale est faite par le
Président de la République. En dessous de lorganigramme, il y a les Cours
provinciales et les Cours des districts, de même que les juridictions qui exercent des
compétences limitées et spécialisées comme les tribunaux du travail, douaniers,
fiscaux, maritimes et du travail.
La qualité des juges est lun des principaux obstacles à laction de la
justice mozambicaine. Il existe des Cours dappel dans toutes les provinces mais,
seule la moitié des juges qui y exercent ont été formés au métier. Dans certaines
provinces, ils ne sont pas titulaires de diplôme en droit bien que ce soit une condition
pour faire partie de la magistrature.
De même, lappareil judiciaire fait face à des critiques partagées, du reste, par
le Président de la Cour Suprême. Les pratiques de corruption, de traitement
discriminatoire, de retard et des lenteurs dans lexamen des dossiers et même des
cas de dissimulation de dossiers sont cités. Le Haut Conseil Supérieur de la
Magistrature (CSMJ) reconnaît que 23 des 134 juges du pays ont été entendus entre 1994
et 1998 pour des cas dirrégularités. Selon le Procureur Général du Mozambique le
système judiciaire est malade, une situation dont il attribue la responsabilité en
grande partie à la corruption qui sévit dans le milieu touchant aussi bien les juges que
les policiers, freinant ainsi la poursuite des auteurs d'infractions graves notamment les
crimes de sang (l'assassinat du journaliste Carlos Cardoso) et les crimes économiques
(faillite de la Banque commerciale du Mozambique).
Au niveau social, de nombreux citoyens reprennent leurs droits garantis par la
constitution de 1990 et la loi 2/93 du code de procédure pénal. La loi garantit que si
la période prescrite par les enquêtes a été achevée (écoulée) et quaucune
charge na été retenue, le détenu doit être libéré. Dans les faits, cette
disposition est ignorée par le manque deffectif suffisant, de juges compétents ou
davocats pour assister les justiciables dans toutes les étapes de la procédure et
parfois même par simple négligence. Plusieurs associations dassistances
judiciaires animées par des ONG essaient dapporter leur appui pour pallier les
insuffisance de lEtat dans ce domaine.
Le tribunal administratif est compétent pour contrôler la légalité des actes
administratifs et veille à la légalité des dépenses publiques. A ce titre, il se
prononce sur les actes relatifs aux litiges liés aux actes et procédures administratifs,
examine les appels formés contre les décisions des organes de l'État, leurs dirigeants,
agents et employés, examine les comptes publics et exerce tout pouvoir que lui confère
la loi (article 173 de la Constitution).
A cette compétence constitutionnelle du Tribunal administratif s'ajoute d'autres
attribuées par des lois intervenues dans le cadre de l'instauration de l'État de droit.
Sa compétence a été étendue aux appels formés contre les actes de non reconnaissance
des associations (Loi n°8/91 sur la liberté d'association); aux actes du Ministre de
l'intérieur relatifs aux réfugiés (Loi n°21/91 du 31 décembre 1991 relative aux
statuts des réfugiés); au contentieux sur les actes contraires aux intérêts légitimes
des citoyens et à leur droit de regard sur la gestion des fonds publics; aux activités
des partis politiques (Loi n°7/97 du 23 janvier 1997).
Le Tribunal Administratif est subdivisé en trois sections : la première s'occupe du
contentieux administratif, la deuxième des affaires fiscales et du contentieux douanier
et la troisième section examine les dépenses publiques. Trois juges sont affectés à
chaque section. Ils sont choisis parmi les titulaires de diplôme en droit ou les hauts
fonctionnaires ayant rang de juges- conseillers. Leur désignation est faite l'organe de
conseil et de discipline des juges administratifs. Mais le Président du Tribunal
Administratif est nommé pour une période de cinq ans par le Président de la République
après la ratification de son choix par le Parlement. En principe, le Tribunal
Administratif est indépendant de lexécutif et jouit de lautonomie
administrative et financière. Le Président du tribunal administratif est nommé pour
cinq ans et ne peut être remplacé à moins de fautes graves. La constitution stipule que
le tribunal administratif a compétence par mener les audits des comptes publics notamment
ceux des services et entreprises publics, des province et des municipalités. Le tribunal
administratif est également compétent pour effectuer tout contrôle sur les contrats
relatifs au personnel, aux travaux publics, aux crédits, aux concessions ainsi quà
la fourniture des biens et des services, avant ou après leur exécution. Dans le cadre
des réformes en vue d'assurer une plus grande transparence et accroître les recettes de
l'État, le Gouvernement s'est engagé à renforcer le rôle du tribunal dans le contrôle
budgétaire. Ainsi, pour la première fois depuis lindépendance, le Tribunal
administratif a vérifié les comptes budgétaires de lannée 1998 en août 2000.
Chaque année, le tribunal examine également les comptes des institutions budgétisées
qui doivent déposer leur rapport annuel au tribunal au 30 juin de lannée fiscale
suivante. Le rapport du Tribunal administratif et son opinion doivent être publiés au
journal officiel qui certifie ainsi de la régularité des comptes publics. Les
commentaires et observations de ladministration doivent être accompagnés des
réponses produites par les organismes incriminés. D'autres mesures comme le
renouvellement du corps des inspecteurs d'État et l'adoption des lois sur léthique
comprenant la déclaration des biens des membres du gouvernement à la Cour Suprême sont
en cours.
Quinze formations, dont deux coalitions, soit dix-sept partis, se sont
présentées aux élections de 1994, trois seulement ayant obtenu une représentation
parlementaire. Un seul sest vu refusé lhomologation par le Tribunal Suprême,
le controversé PPLFCRM (Parti do Progresso liberal-federalista das comunidades
religiosas de Moçambique) de Neves Serrano, exclu de la police. La représentation à
l'Assemblée nationale suite aux législatives de décembre 1999 se présente comme suit :
-FRELIMOFrente de libertação de Moçambique, 133 députés,
-RENAMO Resistência nacional de Moçambique, 117 députés,
-UD União Democrática.
Seuls quelques indépendants se sont présentés contre le FRELIMO aux dernières
élections locales, les partis dopposition ayant boycotté le scrutin.
Le syndicalisme mozambicain reste marqué par la tradition corporative
portugaise des Syndicats nationaux (SN, Sindicatos nacionais) : dès 1976 et
surtout après la dissolution des derniers SN coloniaux en 1979, le FRELIMO créa des
Conseils de production (CP, conselhos de produção) chargés de contrôler la
main-duvre et intervenant au sein de lassemblée générale ouvrière
dentreprise (dépourvue de pouvoir). Ceux-ci furent tardivement groupés en 1983 en
une centrale unique, lOrganisation des travailleurs du Mozambique (OTM, Organização
dos trabalhadores de Moçambique), courroie de transmission du parti unique.
LOTM entra rapidement en crise lors de linstauration du pluralisme,
nayant eu aucun rôle lors de la grande vague de grèves de janviers-mars 1990. Elle
proclama sa "départidarisation" lors de sa deuxième Conférence nationale en
novembre 1990 en se rebaptisant Central Sindical, ce qui mécontenta le
FRELIMO.
Ce nest que récemment que des associations paysannes (soit de coopératives des
"zones vertes" des villes, soit de localités) se sont formées et pourraient
évoluer vers un syndicalisme rural.
Les 17 syndicats regroupés au sein de la Centrale Organizaçao dos trabalhadores
moçambicanosCentral sindical (OTM-CS) regroupent formellement 300 000 travailleurs
dont les cotisations sont prélevées directement sur le salaire. Ce sont :
Sindicato nacional dos empregados do Comércio, seguros e serviços (SINECOSSE),
Sindicato nacional dos trabalhadores dos Portos e caminhos de ferro (SINPOCAF),
Sindicato nacional dos trabalhadores da Aviação civil, correios e comunicações
(SINTAC),
Sindicato nacional dos trabalhadores da Indústria agro-pecuária e de florestas
(SINTAF),
Sindicato nacional dos trabalhadores da Indústria téxtil, vestuário, couro e
calçado (SINTEVEC),
Sindicato nacional dos trabalhadores da Indústria do Açucar (SINTIA),
Sindicato nacional dos trabalhadores da Indústria alimentar e de bebidas
(SINTIAB),
Sindicato nacional dos trabalhadores da Indústria do cajú (SINTIC),
Sindicato nacional dos trabalhadores da Metalúrgica, metalomecânica e energia
(SINTIME),
Sindicato nacional dos trabalhadores da Indústria qumica, borracha, papel e
gráfica (SINTIQUIGRA),
Sindicato nacional dos trabalhadores da Marinha mercante e pescas (SINTMAP),
Sindicato nacional dos trabalhadores dos empregados bancários (SNEB).
Il existe aussi des syndicats non affiliés. On peut relever :
Sindicato nacional dos trabalhadores da Indústria da construção civil, madeiras
e minas (SINTICIM),
Sindicato nacional dos trabalhadores dos Transportes rodoviários e assistência
técnica (SINTRAT, dirigeant :
Tomás Mandlate),
Sindicato nacional dos trabalhadores da Indústria hoteleira, Turismo e similares
(SINTIHOTS),
Organização nacional dos jornalistas (ONJ),
Organizaçao nacional dos progessores (ONP).
La Constitution de 1990 reconnaît le droit de grève, le pluralisme
politique et la liberté de la presse, lhabeas corpus. La peine de mort a été
abolie en novembre 1990 et le gouvernement a bien accueilli certaines recommandations
dAmnesty International. Fin 1995, la polémique sur la situation des prisonniers a
cependant rebondi, suite à des déclarations du Ministre de lIntérieur Manuel
Antonio justifiant leurs conditions déplorables.
Dans ce pays où la guerre civile a duré de nombreuses années, les parties en conflits
se sont livrées à de nombreuses exactions aussi bien sur les combattants adverses que
sur les populations soupçonnées dintelligence avec lennemi. Mais Amnesty
International a reconnu que la situation des droits de lhomme sest
sensiblement améliorée à partir de 1995. Il faut aussi noter que contrairement à
lUNITA par exemple en Angola, la RENAMO a réussi sa conversion en parti politique
et les différentes parties semblent animées de la volonté de contenir les
contradictions sur le terrain politique.
Le gouvernement contrôle 2 quotidiens bien que ceux-ci soient de droit
privé : le Notcias (C.P.327, Maputo) et le Diário de Moçambique
(C.P. 81, Beira). Outre le Boletim da República (C.P.275, Maputo), il faut noter
les hebdomadaires pro gouvernementaux Tempo (C.P.2917, Maputo) et Domingos
(C.P.327, Maputo) et indépendants comme Demos (Maputo) et Savana (C.P.73,
Maputo). Savana appartient à une coopération, Media Coop, qui publie aussi
plusieurs fois par semaine la lettre MediaFax et bimestriellement Mozambique
Inview (en anglais). Imparcial est le frère jumeau de MediaFax, mais
proche de la RENAMO. En novembre 2000, le journaliste le plus connu et le plus célèbre
du pays pour son indépendance, Carlos Cardosoa, a été assassiné à Maputo démontrant
malgré tout la fragilité de la liberté de presse.
Diverses revues professionnelles de périodicité variée (Agricultura, Revista
Médica, Portos e Caminhos de ferro, Economia) et universitaires (Estudos
Moçambicanos, Arquivo) doivent être signalées. En langue anglaise,
lAgence dinformation du Mozambique publie le mensuel Mozambique File.
La presse qui était sous la tutelle du FRELIMO avant les accords de paix, bénéficie à
présent de beaucoup de liberté.
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